Coquillages et henné sur une plage d'Iran
Conseils de voyage

Sécurité : est-ce dangereux de voyager en Iran ?

Dans le contexte actuel, la question de la sécurité lors d’un voyage en Iran, se pose légitimement. Il est vrai que les nouvelles venant des Etats-Unis ou du Quai d’Orsay ont de quoi inquiéter les futur·e·s voyageurs·ses en quête de conseils.

De nombreuses personnes autour de moi envisagent de reporter leur voyage. Je ne peux que comprendre leurs craintes, tant les nouvelles sont anxiogènes. Pourtant, en dépit du contexte international, l’Iran reste un pays très sûr pour les voyageurs·ses.

J’ai récemment écrit un article à ce sujet sur le Huffington Post, suite auquel des lecteurs·rices m’ont écrit. Parmi ces messages, une voyageuse m’a expliqué que son père avait été rassuré par l’article. Cela m’a fait chaud au cœur, car je me souviens avoir moi-même dû convaincre mes proches que me rendre en Iran n’était pas risqué.

Et cela m’a aussi fait me dire qu’il était important de revenir sur le sujet, ici aussi.

Le bonheur des paisibles rooftops de Yazd

La sécurité en Iran : ce que j’observe depuis deux ans

Il y a deux ans, je choisissais l’Iran pour effectuer mon premier voyage solo. À l’époque, les nouvelles étaient plutôt bonnes : la mise en place de l’accord sur le nucléaire permettait au pays de s’ouvrir pleinement au tourisme.

Pourtant, j’ai tout de même dû faire face aux appréhensions de beaucoup de proches. Des craintes, la plupart du temps, basées sur une simple méconnaissance du pays (on continue parfois de me demander comment s’est passé mon voyage en “Syrie” ou en “Irak”).

Recevoir de l’aide en permanence

Une fois sur place, j’ai dès le départ reçu un accueil formidable. Chauffeurs de taxi, autres passagers du métro, personnes croisées dans la rue,… : je n’ai cessé de faire des rencontres qui ont égayées mon voyage. Sur ma route, j’ai été de nombreuses fois gratifiée d’un “welcome to Iran” et autres remerciements !

Je ne compte plus le nombre de fois ou de parfait·e·s inconnu·e·s m’ont aidé, sans rien attendre en retour. Que ce soit pour résoudre un problème de carte sim, ou pour m’aider, en sortant du bus, à 5 heures du matin.

Un accueil tout en sourires

Me faire inviter par un parfait inconnu

Une petite anecdote qui illustre la façon dont les visiteur·e·s sont traité·e·s : un matin, je débarque à Shiraz avec mon backpack. J’ai rendez-vous avec un couchsurfer, mais je suis en avance. Alors je décide d’aller prendre une glace à proximité. J’essaie tant bien que mal de communiquer avec le vendeur qui ne parle pas anglais. Quand aussitôt, un autre client vient m’aider à passer commande.

Je m’assois dans la petite boutique pour déguster ma glace et cet homme accompagné de sa fille échange quelques mots avec moi. Puis quelques minutes plus tard, il se lève pour régler sa glace et partir. Avant de quitter la boutique, il se tourne vers moi, et me dit que je n’ai rien à régler. Sans même m’en informer et sans que j’ai le temps de réagir, il avait en effet payé pour moi ! Aussitôt, il me salue et s’en va. Sans rien attendre de plus en retour.

Un amour démesuré pour les étranger·e·s

Alors que nous n’avions échangé que quelques mots, j’ai trouvé son geste simplement adorable. Il est, je trouve, révélateur de l’accueil et l’amour disproportionné des Iranien·ne·s pour les étranger·e·s.

Car oui, les Iranien·ne·s adorent les étranger·e·s ! Américain·e·s inclut·ses soit dit en passant (les Etats-Unis sont toujours considérés par beaucoup comme un pays de rêve). Du coup, si l’on vous entend parler anglais ou toute autre langue dans la rue, de nombreuses personnes vont avoir envie d’échanger avec vous. Et ce, même dans les villes les plus touristiques où les visiteur·e·s sont pourtant nombreux·ses.

Séance photo improvisée pour ce couple de touristes

Mon deuxième voyage en “zone rouge”

Après cette merveilleuse première expérience, j’ai décidé de remettre ça sept mois plus tard, en février 2017. Mais le mois précédent mon départ, mes proches et moi-même étions inquiets de voir éclater des manifestations un peu partout dans le pays.

Peu à peu, la situation s’est apaisée et je me suis envolée pour le sud de l’Iran. J’avais pour destination principale le Sistan et Balouchistan, pour avoir entendu parler de ce désert s’étendant jusqu’à la mer. Une zone classée rouge (“zone fortement déconseillée”) sur le site des conseils aux voyageurs du Quai d’Orsay.

Pour autant, cela ne m’a pas dissuadé. J’ai parcouru la côte sud jusqu’à Chabahar, avant d’aller seule en direction de Zahedan (à la frontière avec le Pakistan et l’Afghanistan). Comme de nombreux·ses voyageurs·ses, j’ai également visité le désert Kaluts, pourtant aussi classé en zone rouge.

Se renseigner en amont

Suis-je une aventurière casse-cou en quête de frissons ? Tout le contraire ! Si je me suis rendue dans ces provinces, c’est pour les beautés naturelles et historiques qu’elles possèdent. Et ce, après m’être renseigné sur la situation actuelle auprès des locaux. En effet, nous savons toutes et tous que les recommandations du ministère des Affaires Etrangères se veulent alarmistes (et c’est réussi !). Il appartient alors à qui souhaite se rendre sur place de se renseigner en amont sur les dangers réels.

En l’occurrence, ces zones du sud-est de l’Iran sont surtout déconseillées du fait de leur proximité avec les frontières (et des trafics que cela apporte) ainsi que pour des troubles locaux. De fait, je n’ai jamais reçu un tel accueil qu’au Sistan et Balouchistan, où je me suis sentie totalement en sécurité.

Le désert des Kaluts, Kerman

Mon ressenti en vivant sur place

Hélas, je suis triste de voir resurgir le sujet de la sécurité en Iran depuis le retrait de l’accord sur le nucléaire, par Donald Trump, en mai 2018. Deux mois après cette décision, je posais mes valises en Iran pour une durée bien plus longue cette fois-ci. Pendant un an, j’ai ainsi pu observer les conséquences directes de cette décision sur la vie des Iranien·ne·s. Je ne rentrerais pas ici dans les détails, mais l’inflation a rendu la vie de chacun·e beaucoup plus dure. Et cette décision a aussi provoqué une baisse conséquente du nombre de voyageurs.

Quel est l’état d’esprit des Iranien·ne·s face à cette situation ? Dire qu’ils·elles ne sont pas affecté·e·s par cette situation serait tout sauf vrai. Mais ils·elles font preuve d’un stoïcisme et d’une résignation assez admirables. Tous·tes vous diront qu’ils sont habitué·e·s à subir ces hauts et ces bas depuis plusieurs décennies…

Dans les rues de la capitale iranienne

Malgré ce contexte économique tendu, rendant leur quotidien toujours plus compliqué, je me rends compte que leur rapport envers les touristes n’a pas changé.

Depuis un an, je perçois le même ressenti chez les voyageurs·ses que je croise. Tous·tes me disent : “les Iranien·ne·s sont extrêmement accueillant·e·s et joyeux·ses.” Cela m’a permis de réaliser que malgré les difficultés réelles de la vie quotidienne, cela restait une joie de croiser un khareji (“étranger” en persan) et d’oublier, le temps d’une rencontre, les Unes sinistres des journaux.

Pourquoi l’Iran reste un pays sûr pour les touristes

Bien sûr, je ne cherche pas à idéaliser la situation. Ni à nier le fait que l’actualité est inquiétante. Mais j’avais envie de partager avec vous mon ressenti personnel, en tant que voyageuse solo et expatriée vivant sur place, pour rassurer celles et ceux qui ont décidé de se rendre en Iran.

Une destination sûre pour les voyageuses solo

J’ai voyagé dans de nombreux pays, et l’Iran est de loin celui où je me suis le plus sentie en sécurité. Qui plus est, en tant que femme voyageant seule, j’ai été en permanence aidée sans même le demander. J’en parle plus en détail dans cet article. Je me suis même habituée à un degré de sécurité et tranquilité qu’il me faut réajuster lorsque je voyage ou lorsque je reviens en France.

Un constat qui va à l’encontre de tous les préjugés sur ce pays. C’est pourquoi, de retour en France, j’avais interviewé deux autres voyageuses pour mon podcast La Bougeotte, afin qu’elle me fasse part de leur ressenti. Vous pouvez l’écouter ici. Spoiler : elles aussi se sont senties en toute sécurité en Iran !

De manière générale, l’Iran est un pays où le taux de crime est très faible. Le danger pour les touristes est considéré comme “faible” par la compagnie d’assistance International SOS : l’Iran figure dans leur classement au même rang que la France, le Canada et l’Australie.

Tenue traditionnelle du sud de l’Iran

Quelques conseils pour voyager en toute sécurité en Iran

Malgré tout, en Iran comme ailleurs, il faut savoir se montrer un minimum vigilent·e. Mieux vaut prévenir que guérir.

Garder un oeil sur son argent

Par exemple, vous savez peut-être déjà qu’il vous faudra emporter tout votre budget en espèces. En effet, impossible de payer en carte bleue en Iran. Soyez donc prudent·e·s et optez par exemple, pour l’une de ces “pochettes invisibles” que l’on porte près du corps. Ne laissez pas votre argent en évidence, et si vous utilisez Couchsurfing, gardez le toujours avec vous.

Mais rassurez-vous, je suis à chaque fois bien plus nerveuse quand je voyage avec tout cet argent, en France, pour me rendre à l’aéroport, qu’une fois en Iran !

Enfin, sachez qu’il existe des compagnies qui fournissent des cartes bancaires aux touristes. Cela peut-être une façon de vous alléger l’esprit. Renseignez-vous en amont : j’en parle un peu dans cet article consacré à l’argent.

Respectez les codes vestimentaires

Votre tenue n’aura vraisemblablement pas d’incidence sur votre sécurité, mais respecter les us et coutumes permet de passer plus inaperçu·e. Cela peut être appréciable lorsque l’on est une voyageuse solo, par exemple.

S’habiller pour un voyage en Iran n’est ni compliqué ni strict

Je reviendrais plus longuement sur la question de la tenue vestimentaire dans un article dédié. En attendant, voici les principes de bases pour vous habiller correctement en Iran :

Pour les femmes, le port du hijab est obligatoire, mais pas strict. Des mèches de cheveux peuvent amplement dépasser et la frange ne pose aucun problème. Les bras doivent être couverts, mais pas les avant-bras. Chevilles et pieds-nus sont accepté, mais le reste doit être couvert. Pas de décolleté et évitez les vêtements moulants. Gardez en tête que les fesses doivent être couvertes : c’est à mes yeux l’un des détails les plus importants.

Mon conseil : optez pour une chemise longue portée ouverte, ou une tunique. Cela vous permet de porter ce que vous souhaitez dessous (jean, legging, débardeur moulant, etc).

Enfin, les hommes doivent simplement savoir que le port du short n’est pas autorisé.

Se fier à son instinct

Finalement, le meilleur conseil que l’on puisse donner est de se fier à son instinct. Comme dis plus haut, vous serez probablement abordé en permanence par des Iranien·ne·s, pour discuter, boire un thé ou même vous inviter à dîner.

Dans une très grande majorité des cas, et aussi étonnant que cela puisse paraître, l’invitation est sincère et dépourvue d’arrière-pensée. Contrairement à d’autres pays, inutile d’être constamment sur vos gardes quand on vous aborde.

Cela étant, ne vous sentez pas obligé d’accepter quoi que ce soit, et fiez-vous toujours à votre instinct. Cela est particulièrement valable pour les voyageuses solo.

S’inscrire sur le Portail Ariane

Enfin, vous pouvez communiquer les dates de votre voyage en Iran au Quai d’Orsay, en vous inscrivant sur le Portail Ariane. Vous recevrez ainsi des recommandations par email en cas de problème quelconque dans le pays.

Un simple sourire peut parfois en dire long

Partir l’esprit tranquille en Iran

Une fois sur place, vous aurez vite fait d’oublier l’actualité, grâce à l’accueil et la générosité incomparable des Iranien·ne·s. Faire le choix de voyager en Iran pendant ces temps troublés, c’est aussi apporter votre soutien tant financier que moral à la population, qui souffre de se voir ainsi injustement coupée du monde.

Ainsi, vous aurez tout loisir de voir que l’Iran est un pays sans danger pour les voyageurs·ses. Et vous pourrez, à votre tour, le faire savoir autour de vous !

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