Bas reliefs de Persépolis, en Iran
Centre de l'Iran

Persépolis, un voyage de la Perse antique à l’Iran moderne

Visiter Persépolis est une étape incontournable de tout voyage en Iran. Voire même, parfois, la raison principale. Le simple nom de cette ancienne capitale de l’Empire perse excite l’imagination du voyageur·e, promettant mystères et splendeurs.

Pourquoi visiter Persépolis avec un·e guide

Pour autant, Persépolis, appelé “Takht-e Jamshid” en persan, est un lieu qui ne s’appréhende pas si facilement. Il faut réussir à le décrypter pour en apprécier la grandeur et la beauté.

La première fois que je m’y suis rendue, j’ai fait l’erreur de partager un taxi, sans guide, avec d’autres voyageurs. Arrivés sur un site quasiment dépourvu d’explications, aucun·e de nous ne savait vraiment ce qu’il·elle avait sous les yeux. Nous sommes totalement passé·e·s à côté de Persépolis car nous n’avions pas les clés pour la comprendre.

J’ai eu la chance d’y retourner, en famille, un an plus tard, et de passer des heures sur le site à percer ses mystères. Cette fois-ci, j’avais bien mieux qu’un·e guide : deux proches amis Iraniens extrêmement cultivés et passionnés, Pourya et Rola.

Alors, je me suis dit que la meilleure façon de vous faire découvrir Persépolis, c’était de leur demander à eux, de vous en parler ! Je vous les présente et vous raconte l’histoire de notre rencontre, à la fin de cet article.

Mais tout d’abord, bienvenue dans l’une des capitales d’un des plus grands empires qu’a connu le monde. Autrefois connue comme “la ville la plus riche sous le soleil”.

“Persépolis est un livre”

Visiter Persépolis, c’est plonger aux origines de la Perse antique et ainsi, de l’Iran d’aujourd’hui. “On nous critique souvent sur le fait que nous n’avons pas de littérature antique. La plupart des récits proviennent d’historiens grecs et romains, tels que Hérodote et Plutarque, parfois biaisés”, m’expliquent Pourya et Rola.

“Mais Persépolis est véritablement un livre qui raconte notre Histoire, à qui sait déchiffrer ses signes et symboles. De plus, Persépolis ne nous pas parle que d’histoire. Indirectement, elle nous parle aussi de sociologie, de culture, et d’anthropologie. C’est une introduction à la société iranienne d’aujourd’hui. Il y a toujours une relation très forte entre la Perse antique et l’Iran actuel. “

L’esprit de tolérance de l’Empire perse

L’un des éléments les plus importants de l’histoire et de la philosophie persane est la tolérance, et cela se reflète partout à Persépolis. L’Empire Achéménide, ce n’est pas juste l’Iran d’aujourd’hui, c’est un territoire qui s’étendait de la Roumanie actuelle à l’Indus (à l’est du Pakistan), la Libye et Kirghizistan. Et pourtant chaque année, au 21 mars, l’ensemble des nations de cet immense empire étaient réuni à Persépolis, pour célébrer le nouvel an persan, Nowruz.

On voit cet esprit de tolérance dès l’entrée, avec les escaliers. Il y a d’un côté les Perses et les Mèdes, et de l’autre, le reste des nations de l’Empire. Chaque nation est représentée sur les bas-reliefs avec ses propres vêtements, l’aspect le plus distinctif de sa culture, apportant des cadeaux typiques au roi. Par exemple, les Élamites offraient des lions pour le zoo royal et les Assyriens des béliers.”

Un lieu de dialogue des civilisations

“Ainsi, une fois par an, l’ensemble des nations se retrouvait pour parler, non seulement entre elles, mais aussi directement avec le roi. Persépolis se voulait être le symbole du dialogue des civilisations. Plusieurs lieux étaient pensés pour favoriser ce dialogue, notamment la salle d’attente ou les escaliers, dont l’ascension prenait beaucoup de temps.

De la même façon qu’aujourd’hui nos présidents donnent un discours devant les autres pays à New-York, à Persépolis chaque nation pouvait prendre la parole. C’est pour ça que l’on considère Persépolis comme les premières Nations Unies au monde.

C’est pour cela aussi qu’à Persépolis, on ne retrouve aucune scène violente ou sanglante. Le lieu a été conçu pour inspirer la sérénité, ce que l’on ressent encore aujourd’hui. Les représentants de chaque délégation sont guidés vers le roi par un Perse ou un Mède qui leur prend la main, témoignant de l’accueil légendaire persan. Cette même hospitalité, qui attire encore aujourd’hui tant de visiteurs en Iran, prend sans doute ses racines ici.”

Persépolis, un musée d’anthropologie

Cette union des civilisations et des cultures est aussi visible dans l’art et l’architecture du palais lui-même. On y voit par exemple des taureaux assyriens, des symboles égyptiens, des colonnes grecques, etc. Les meilleurs artisans étaient recrutés dans tous les coins de l’Empire : les charpentiers étaient Phéniciens ou Libanais, les ingénieurs égyptiens, les tailleurs grecs, etc.

Cette combinaison est représentative de l’identité multiculturelle persane, que l’on retrouve encore dans l’Iran d’aujourd’hui. Ce qui est gravé dans les murs de Persépolis et sculpté sur ses colonnes est donc un véritable témoignage anthropologique et sociologique.

En effet, les fresques et les tablettes trouvées sur le site nous donnent des indications sur ce qu’était la vie de tous les jours, les croyances et les coutumes de cette époque.

On sait qu’à Persépolis par exemple, les artisan·e·s et ouvrier·e·s étaient rémunéré·e·s, alors même que de nombreux autres empires avaient recours à l’esclavage. Les femmes aussi travaillaient à Persépolis et avaient même un congé maternité.”

Comprendre le zoroastrisme au travers de Persépolis

“Chaque pierre et chaque sculpture a une signification. Bien souvent, ces explications sont religieuses, et Persépolis est remplie de symboles religieux, en vaste majorité (mais pas uniquement) Zoroastriens. [Le Zoroastrisme est parmi les premières religions monothéistes au monde et la base de sa philosophie est l’opposition entre le bien et le mal. Ndlr]

Pourquoi y a t il 111 marches à l’escalier ? Pourquoi les inscriptions sont-elles trilingues ? La réponse se trouve dans les croyances zoroastriennes, qui considèrent le chiffre trois comme sacré. Ce n’est donc pas par hasard si ce chiffre et ses multiples se retrouvent un peu partout à Persépolis.

L’un des principes fondamentaux du Zoroastrisme est en effet de suivre trois préceptes, dans l’ordre suivant : bonnes pensées, bonnes paroles, bonnes actions. Les numéros 4 et 7, aussi sacrés, sont représentés de différentes façons à Persépolis.”

Un site classé au Patrimoine mondial de l’Unesco

“Bien sûr, il est important pour nous de ne pas tomber dans une idéalisation de Persépolis et de l’Empire perse. En Iran, Persépolis est notre fierté, mais nous ne devons pas oublier tout sens critique. On peut voir, par exemple, dans cette unification des cultures une façon d’asseoir un règne et une domination.

Quoi qu’il en soit, Persépolis reste sans aucun doute l’une des merveilles du monde, ne serait-ce que par son ingénierie. Le système de canaux souterrains, ou ces colonnes de 20 mètres, étaient, et sont toujours, de véritables prouesses.”

Découvrir Persépolis avec “Iran Nameh”

En visitant une deuxième fois Persépolis avec Pourya et Rola, j’ai découvert mille histoires et détails. Des informations qui donnent des clés pour comprendre l’Iran d’hier mais aussi d’aujourd’hui. C’est en cela qu’une visite de Persépolis est incontournable lors d’un voyage en Iran.

Elle va souvent de pair avec une visite de Naqsh-e Rostam, aussi appelée “Nécropolis”, où se trouve notamment l’imposant tombeaux de Darius. Un peu plus loin, Cyrus le Grand repose dans son tombeau à Pasagarde, autre haut lieu de l’histoire persane.

Naqsh-e Rostam, près de Persépolis

Aux origines de l’Empire perse

Car la province de Fars, où se trouve la ville de Shiraz, est en effet le berceau de l’Empire perse. C’est là qu’ont choisi de s’installer Pourya et Rola pour y fonder “Iran Nameh”, et partager, avec les visiteurs étrangers, leur amour de la culture et de l’histoire perse.

Pour ma part, j’ai rencontré Pourya dans le nord de l’Iran, à Rasht, il y a deux ans. À l’époque, ni lui ni Rola n’étaient guides. Mais déjà, Pourya me faisait part de sa volonté d’ouvrir une maison de la culture. Cette aventure prend désormais forme à Shiraz avec Iran Nameh.

Pourquoi visiter Persépolis avec Pourya et Rola

Je suis extrêmement fière de les compter parmi mes amis, car j’ai pu lire au fil du temps, les retours enthousiasmés des voyageurs·ses passé·e·s par chez eux. Si vous ne croyez pas sur parole (et je vous encourage à vérifier mes propos !), cherchez simplement leur nom sur ce groupe de voyageurs. Les retours sont unanimes ! Et amplement mérités.

Nowruz, ou le printemps chassant l’hiver

Je tiens à préciser qu’aucune de ces éloges n’est sponsorisée ! C’est simplement une joie pour moi de vous les présenter, car je sais, pour avoir fait de nombreux tours en Iran, combien la qualité d’un·e guide fait toute la différence.

Pour contacter Pourya (qui s’exprime dans un français et un anglais parfaits) et Rola (bilingue anglais), rendez-vous sur leur page Facebook.


En visite sur le “circuit classique” du centre de l’Iran ? Ne manquez pas la beauté et le raffinement de Kashan.

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