Mosaiques au Palais du Golestan, Téhéran
Téhéran

Du palais du Golestan au Grand Bazar : itinéraire au coeur de Téhéran

Bienvenue dans le “district 12”, cœur touristique et véritable “centre-ville” de Téhéran. Organisé autour du Grand Bazar et du palais du Golestan, c’est évidemment le quartier le plus visité de la ville.

Il s’agit par ailleurs de l’un des quartiers les plus anciens (bien que le Téhéran originel soit plus au sud), oscillant entre beaux monuments et bâtiments un peu délabrés qui en font le charme. Ses rues fourmillent de monde, piétons, voitures et deux-roues slalomant les un.e.s entre et les autres, de jour comme de nuit.

Un peu à l’instar du 1er arrondissement parisien, ce n’est pas forcément le quartier que l’on fréquente le plus lorsque l’on vit à Téhéran. On y préfère les environs de Teatr-e Shahr et Enghelab, à deux pas, plein d’étudiants et de cafés sympas.

Mais lors d’une visite de courte durée, impensable de manquer le palais du Golestan et de ne pas s’aventurer dans le Grand Bazar. Aussi ai-je pensé cet article sous forme d’itinéraire, avec quelques alternatives à la clé. Puisque les choses à voir dans ce quartier ne manquent pas, et que je n’en ai moi-même, pas fait le tour complet…

À la découverte du centre de Téhéran

Dans les ruelles d’un Téhéran méconnu

Étape 1 : shopping matinal au Grand Bazar

Pour commencer la journée, rendez-vous au point de départ : métro Panzdah Khordad. Si possible en métro justement, tant le trafic dans les environs est en permanence congestionné. La station de métro est elle à quelques minutes à pieds du palais du Golestan et du Grand Bazar.

C’est par ce dernier que je vous recommande de commencer. Le matin, le bazar grouille d’animation. [Gardez tout de même en tête que celui-ci est fermé le vendredi et lors des jours fériés.] L’animation du bazar déborde jusque sur la rue Panzdah-e Khordad, où se trouve le métro. Pour la petite histoire, le 15 (Panzdah) du mois de Khordad (le 5 juin) est une date importante puisqu’elle marque le début de la révolution islamique.

En remontant la rue sur quelques mètres, les boutiques de noix, de vêtements et autres vendeurs de jus de fruit frais s’enchaînent. Attrapez un jus de carotte (âb havidj آب هویج) et enfoncez-vous dans le bazar via l’une des entrées principales, celle située sur la place Sabzeh (Meydan-e Sabzeh).

Dans l’antre du Grand Bazar

Au sein du Grand Bazar

Vous êtes entré dans le labyrinthe du Grand Bazar ! Comme tout marché en Iran, le meilleur moyen de le visiter consiste à s’y perdre. Certes, le Grand Bazar de Téhéran n’a pas le charme du bazar de Shiraz, de celui de Kashan ou même du bazar de Tajrish dans le nord de la ville, mais il possède tout de même une belle architecture.

Ce dédale reste aujourd’hui encore le véritable poumon économique de la ville. Chaque section est organisée en fonction des produits qui s’y vendent. On y trouve de tout, des souvenirs aux bijoux en or, en passant par les vêtements bons marchés. Et la plupart des produits sont moins chers que dans le reste de la ville, ce qui attire une foule de locaux.les. Pour le.la visiteur.e, l’intérêt se trouve justement là : observer le va-et-vient des clients et l’agitation des marchands.

Comme souvent dans les bazars, la mosquée ne se trouve pas bien loin. Celle de l’Imam (ou mosquée Soltani, anciennement mosquée du Shah) est collée au bazar. On y accède par plusieurs passages depuis le bazar, débouchant soudainement sur l’un de ses impressionnants portails (iwans). Un peu plus loin, le dédale débouche sur un autre lieu de culte : l’Imamzadeh Zeid.

Dans les dédales du Grand Bazaar

Entre temps, cherchez la maison de thé de Haj Ali Darvish, connue pour être la plus petite maison de thé au monde ! On peut en effet difficilement faire plus petit et plus pittoresque.

Les bonnes pratiques du marchandage en Iran

Malgré son côté un peu froid de prime abord, le Grand Bazar reste agréable à visiter pour qui prend le temps de l’arpenter et en sentir l’atmosphère. Ce que j’aime dans les bazars iraniens, c’est que les vendeurs.ses ne vous interpellent pas sur votre passage et ne se montrent pas insistants.es.

À ce sujet, notez qu’il est possible de négocier les prix, mais que ce n’est pas systématique. À vous, donc, de juger si le prix vous convient.

Si vous négociez un tarfif (réduction), sachez qu’en Iran cela se fait de manière courtoise et modérée. Ainsi, si vous partez en espérant que le.la vendeur.se vous court après pour baisser le prix, vous risquez de parcourir du chemin sans avoir de ses nouvelles !

Étape 2 : pause déjeuner chez Moslem

L’enseigne à caractère non-touristique de chez Moslem

Après s’être perdu quelques heures dans le bazar, vous aurez sûrement de la place pour le déjeuner. Inutile d’aller bien loin. Dans une ruelle située à l’angle de la place Sabzeh se trouve le restaurant Moslem. Une véritable institution à Téhéran.

Bon indicateur du rapport qualité/prix du restaurant : la folle quantité de locaux.les qui s’y presse non-stop. Moslem sert une cuisine traditionnelle iranienne tels que les kebabs (viande grillée généralement de poulet ou d’agneau) ou les ragoûts d’aubergine et de viande (khoresht).

Vous aurez d’ailleurs sûrement besoin d’un coup de main pour passer commande. Mais tout d’abord, il vous faut commencer par faire la queue, depuis l’extérieur jusqu’au petit couloir étroit menant finalement à la caisse. Rassurez-vous, il y a de la place pour tout le monde et l’attente n’est pas longue. Et pour cause, on y mange assez rapidement, les un.e.s assis.es à côté des autres, dans une ambiance un peu frénétique qui n’est pas sans rappeler celle du bazar !

Si vous souhaitez un avant-goût de ce qu’on l’on sert chez Moslem, ce reportage vous y conduit :

Autre institution locale des environs : les fallafels de chez Marvi. Vous le reconnaîtrez, là encore, à la queue qui se forme chaque midi devant la petite devanture. Pas de places pour s’asseoir : ici, on commande son fallafel (un sandwich avec des boulettes à base de bois-chiche), on y met un peu de sauce, et on essaie de ne pas se brûler en croquant dedans à toute hâte (story of my life). Cela étant, pour goûter les meilleurs fallafels il faut se rendre à Bushehr

Étape 3 : visite au palais du Golestan

Une fois repu.e, et même si la chaleur vous invite à une sieste digestive, pas question de traîner : il est temps de visiter le fameux palais du Golestan.

Visite du palais du Golestan

Le palais du Golestan est un ensemble de bâtiments royaux datant principalement de l’époque Qajar, l’une des dernières dynasties (1786 – 1925). Celui-ci a été construit dans une citadelle datant du XVIe siècle. Avec l’arrivée des Pahlavis en 1925, une partie des bâtiments ont été détruits pour le bien de la modernisation…

Heureusement, la majeure partie est restée debout. Elle permet au visiteur.e de goûter au luxe selon les Qajar. Ces derniers, très influencés par l’Occident, ne faisaient pas dans la sobriété. Ici, les lustres monumentaux côtoient des escaliers en marbre qui mènent à des pièces couvertes du sol au plafond de petits miroirs et riches ornementations…

Visites recommandées dans le faste Qajar

Comme dans les autres palais téhéranais, le prix de l’entrée varie selon les bâtiments. Il n’est pas forcément utile de tous les visiter. Je vous recommande de choisir :

  • La salle du trône de marbre (Takht-e Marmar)
  • Le khalvat-e Karim Khani (ne nécessite pas de billet)
  • Le palais de réception (Talar-e Salam)
  • Le Shams ol-Emareh
  • Le pavillon des badgirs (Emârat-e Bâdgir)
Nasseredine Shah au palais du Golestan

La visite débute par le jardin, forcément, autour duquel se trouvent tous les bâtiments. En suivant le cours d’eau, le regard se pose tout de suite sur la salle du Takht-e Marmar, le trône de marbre. En toute simplicité, c’est ici que Reza Khan, le père du dernier Shah d’Iran, s’est fait couronner.

À proximité, se trouve le khalvat-e Karim Khani, une sorte de terrasse surélevée décorée de sublimes mosaïques. C’est ici que se repose Nasseredine Shah. Poursuivant un peu plus loin, se trouve la salle de réception dans laquelle ce dernier recevait ses invités de marque. C’est un peu la partie Versailles à l’Iranienne avec son faste et ses grands lustres en cristal.

En poursuivant la visite vers les deux derniers bâtiments, on découvre les superbes murs couverts de mosaïques colorées. La partie extérieure et son jardin jouent grandement dans le charme du palais. Plus de miroirs, toujours plus, dans le Shams ol-Emareh et quelques beaux vitraux dans le pavillon des badgirs valent le détour. Avant de finir tranquillement la visite en admirant, une fois encore, les mosaïques du jardin.

Étape 4 : Oudlajan Bazaar

En sortant du palais du Golestan, s’il vous reste de l’énergie pour la marche prenez la direction du bazar de Oudlajan. Sinon, passez directement à l’étape suivante. Pour rejoindre ce bazar qui n’en est plus vraiment un, retournez sur la rue Panzdah-e Khordad et marchez pendant une dizaine de minutes. L’entrée est discrète, sur la gauche (et ici).

Dans le bazar de Oudlajan

Peu de Téhéranais.es connaissent ce quartier, parmi les plus vieux de la ville. La partie couverte a été très joliment rénovée, rappelant le bazar de Qazvin, et abrite de belles boutiques d’artisanats. S’y trouve également la première banque d’Iran, aujourd’hui devenue un restaurant.

Laissé pendant longtemps à l’abandon, la réputation d’Oudlajan était autrefois mauvaise. On disait le quartier mal famé et dangereux. Aujourd’hui, des travaux de réhabilitation sont en cours et le quartier n’est pas plus dangereux qu’un autre. En revanche, son atmosphère est totalement différente ! Impossible de se croire à Téhéran !

Bref itinéraire dans le dédale de Oudlajan

Pour visiter Oudlajan, suivez la rue principale (la partie rénovée) qui vous mène jusqu’à un petit dédale de rues. Rejoignez, via la rue Shirazi, l’avenue Imamzadeh Yahya. Ici se trouvent de petites et vieilles boutiques, un ancien hammam (Navab Bath house, désormais un atelier d’artisanat) et même plusieurs synagogues (qu’on ne peut pas visiter).

Mais d’abord, vous tombez sur l’Imamzadeh Yahya. Ce dernier ne possède rien de moins que “l’arbre le plus ancien” de la ville. Celui-ci n’a pas moins de 900 ans. L’Imamzadeh fait face à une belle demeure, le musée Kazemi House. En poursuivant un peu plus loin, après le hammam, se trouve un autre très beau bâtiment, la maison Dabir-ol Molk.

Le toit du ancien hammam

Continuez vers le nord, et rejoignez l’avenue Amir Kabir pour passer à la prochaine étape de votre visite.

Étape 5 : flâner au jardin du Negarestan

Prochaine et possible dernière étape de cette visite : le jardin du Negarestan. Si vous arrivez depuis le Grand Bazar, la station de métro la plus proche est celle de Baharestan. Depuis Oudlajan, il vous faut continuer une vingtaine de minutes à pied… ou attraper un taxi le long de l’avenue Mostafa Khomeini.

Le jardin de Negarestan est à mes yeux un petit coin de paradis à Téhéran. Un jardin de l’époque Qajar avec un charme fou ; Un îlot de calme et de sérénité dans le brouhaha de la capitale.

Une étape bienvenue après les visites du Grand Bazar et du Palais du Golestan ! Baladez-vous quelques minutes entre les bassins, remplis de poissons rouges et de fleur de lotus. C’est au lever du jour, paraît-il, que le spectacle est le plus saisissant. Mais pour ma part, j’adore l’atmosphère qui y règne en fin de journée.

Les œuvres de Monir Farmanfarmaian

Au sein du jardin se trouvent trois musées. L’un d’eux expose le travail de l’artiste Monir Farmanfarmaian. Bien que petit, le musée présente de belles pièces. Surtout, il s’agit du premier musée en Iran consacré uniquement au travail d’une femme. Un autre musée accueille le travail du célèbre peintre iranien Kamal-ol Molk et surtout, de ses élèves. Et un troisième présente des expositions temporaires d’art contemporain. Leur visite n’est pas indispensable.

Mais à vrai dire, si je viens et reviens au Jardin Negarestan ce n’est pas pour ses musées, mais plus pour le café qui s’y trouve ! La terrasse est assez exceptionnelle, avec son mini hafezieh et sa vue sur le jardin. Les jus traditionnels (“sherbet“), à base d’eau de rose, de fleur d’oranger et de fruits séchés, sont à se damner ! Et la nourriture (Kashk-e Badmjan, Mirza Ghassemi et Kookoo Sabzi) est également très bonne. Un spot idéal, donc, pour passer la fin de journée.

Un jour de plus dans le centre de Téhéran

Visiter les incontournables du “district 12” prend bien plus d’une journée. Dans l’itinéraire précédent, je vous ai indiqué les endroits que j’affectionne le plus. Et le type de visite que je préfère : arpenter les ruelles, faire des kilomètres à pied, pour finir par flâner dans un lieu cosy.

Mais ce quartier possède aussi plusieurs musées qui peuvent attirer les amateurs.rices d’histoire et d’archéologie.

À commencer par le Musée National. Celui-ci se trouve dans l’enceinte du Bagh-e Melli, un très beau parc Qajar plein de splendides bâtiments historiques, et situé non loin du palais du Golestan (métro Imam Khomeini). Le Musée National y côtoie rien de moins que le Ministère des Affaires Etrangères. Que vous souhaitiez visiter le musée ou non, le Bagh-e Melli vaut en lui-même le détour.

Pour ce qui est du Musée National, celui-ci présente l’histoire anthropologique et antique de l’Iran. On y trouve notamment des vestiges provenant de Persépolis. Les explications sont succinctes et la mise en scène des expositions plutôt classique, pour ne pas dire un peu ennuyeuse. Dans un second bâtiment sont présentées les œuvres datant de l’ère islamique.

L’entrée du Bagh-e Melli

Autre célèbre musée que je n’ai pour l’heure pas visité moi-même, celui du Trésor des joyaux nationaux. La collection de couronnes, bijoux, et autres trônes grandiloquents des rois d’Iran, ne se trouve pas dans les locaux de la banque centrale iranienne pour rien : sa valeur est inestimable. La collection est considérée comme l’une des plus riches au monde.

Le quartier compte également d’autres musées intéressants, tel que le Musée Ebrat, une ancienne prison de la Savak, la police secrète du Shah ; le Musée de la Poste et des Télécommunication ; et le Musée de la céramique.

Une ambiance de food-trucks à 30th tir

Juste à côté du Musée national se trouve la rue 30th Tir, idéale pour une pause déjeuner et plus encore dîner. La rue est entièrement occupée par des food-trucks. On y trouve de tout, même s’il s’agit avant tout de la nourriture iranienne que l’on mange sur le pouce, du Kebab au Mirza Ghassemi. Ce n’est pas cher, c’est délicieux, et l’ambiance est très plaisante.

Si aujourd’hui on y vient pour manger, la rue ne se résume pas à ça. 30th Tir est connue pour être un lieu de coexistence religieuse. On y trouve en effet une mosquée, deux églises, une synagogue et un temple zoroastrien. Le tout sur seulement quelques mètres !

30th Tir Street à l’heure du déjeuner

Un simple avant-goût de ce qu’est Téhéran

Bien sûr, le centre de Téhéran regorge de nombreuses autres musées, monuments, restaurants… qui mériteraient d’être découverts. En allant au sud, on peut par exemple visiter le palais Masoudieh, une sublime demeure Qajar. Ou bien arpenter la rue Lalezar, ex-“Champs Elysées” de Téhéran et dont les nombreux cinémas et cabarets sont aujourd’hui abandonnés.

Pour retrouver un Téhéran vibrant, on se baladera plutôt du côté de l’Université de Téhéran. Entre les places Enghelab et Teatr-e Shahr, les nombreux cafés et librairies grouillent d’étudiant.e.s. Mais tout cela est pour une prochaine visite…

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